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Albert ANKER - Le Vieux Lecteur - 1878 - Huile sur toile - 61 x 48 m
Musée d’art et d’histoire, Neuchâtel (Don Alfred Borel Bâle) K/B 251 © 2003, Pro Litteris. Zurich
© 2003 , Fndation Pierre Gianadda, Martigny |
De son vivant, Anker était une célébrité internationale. Depuis 1859, il participait régulièrement au Salon de Paris, où il obtint de nombreuses médailles. Fils de vétérinaire, il vit le jour le 1er avril 1831 à Anet (en allemand: Ins, canton de Berne), et c'est là qu'il grandit, à la frontière de deux cultures, l'une francophone, l'autre germanique. Il accomplit sa scolarité à Neuchâtel, où il prit ses premiers cours de dessin, et passa son baccalauréat à Berne. A partir de l'automne 1853, il poursuivit à Halle, en Allemagne, les études de théologie qu'il avait commencées en Suisse. Insatisfait à l'idée d'une carrière de pasteur, Anker aspirait tout au contraire à devenir artiste.
Il alla s'établir à Paris, où il suivit les cours dispensés par le peintre et professeur suisse Charles Gleyre, dans la classe duquel de nombreux compatriotes l'avaient précédé, sans parler des futurs impressionnistes Claude Monet, Auguste Renoir et Alfred Sisley. Il s'inscrivit parallèlement à l'Ecole des beaux-arts et copiait au Louvre les maîtres anciens. A Anet, dans la maison de son enfance, il installa en 1860 un atelier, après la mort de son père, et épousa en 1864 Anna Ruefli, une amie de sa défunte sœur. Le couple eut six enfants, dont deux moururent en bas âge. La famille Anker passait régulièrement l'hiver à Paris et l'été à Anet. C'est en Italie que l'artiste faisait de nombreux voyages où il se consacrait également, fait exceptionnel, à la peinture de paysages, notamment dans des aquarelles légères et aériennes mettant en évidence la délicatesse de sa palette.
Sa maîtrise de la technique de l'aquarelle lui fut fort utile au cours des dix dernières années de sa vie lorsqu'il dut, en 1901, à la suite d'une attaque, renoncer à ses travaux sur toile pour se tourner vers les motifs qui lui étaient chers depuis toujours, les images de la vie rurale, qu'il reprit dans plusieurs centaines d'aquarelles avec une inlassable force créatrice.
Albert Anker passe désormais pour le peintre suisse le plus populaire du XIXe siècle, dont les personnages – jeunes filles tricotant, écoliers vifs et enjoués et vieillards fumant la pipe – sont accessibles à un très large public. Son art prend racine dans le profond attachement qu'il éprouve pour les petites gens. Anker menait une vie rangée: son quotidien était parfaitement ordonné. Il consignait régulièrement ses dépenses et ses recettes sur un Livre de vente. Après son premier enfant, il dut songer à une source de revenus supplémentaire. Il la trouva en 1866 en collaborant avec Théodore Deck, faïencier alsacien, qui le chargea de décorer assiettes et plats de portraits ou de personnages de trois quarts issus de l'histoire et de la mythologie.
Une continuité et une stabilité étonnantes marquent son oeuvre, qui traduit toujours son grand intérêt pour l'homme et la marche des événements, montrant du même coup Anker humaniste. Il est difficile de diviser sa créativité par étapes, qui permettraient d'expliquer une mutation progressive de sa vision des choses. Sa thématique comprend, d'une part, des scènes de genre à plusieurs personnages, à la composition soigneusement pensée, issues du quotidien à la campagne – école, affaires de la commune, événements marquants tels que mariage, baptême, etc. –, d'autre part, il a portraituré des personnes de son entourage dans des toiles isolées, dont certaines ne représentent que partiellement des portraits individuels. Mis à part les portraits de commande, Anker peignit tous les enfants qu'il rencontrait dans son quotidien et qui lui rendaient visite dans son atelier.
Anker a vécu à l'époque du réalisme. Chez lui, le réalisme ignore la critique sociale d'un Millet ou d'un Daumier, ou bien encore le transfiguratif-anecdotique ou le folklorique-édifiant d'un Vautier ou d'un Defregger. Ses thèmes principaux tournent autour du jeu d'enfant et de l'école, de la lecture et des études, ainsi que des tâches ménagères. Les jeunes filles tricotant, les écoliers appliqués, les vieux buveurs, les grand-mères courbées sont pour la plupart des représentations typées; ce sont des êtres humains appartenant à toutes les tranches d'âge, peints sous toutes leurs facettes, surpris dans l'accomplissement de leurs tâches quotidiennes dans un environnement familier. Dans un certain nombre de natures mortes grandioses, Anker a également démontré qu'il pouvait produire une peinture exceptionnelle, avec une gestuelle minimale.
L'exposition de la Fondation Pierre Gianadda présente toutes les techniques d'Anker – tableaux, dessins, aquarelles et faïences – ainsi que l'intégralité de sa thématique. Bon nombre de travaux sont présentés pour la toute première fois. L'exposition rendra un vibrant hommage au caractère intuitif de l'artiste et à sa finesse picturale, de même qu'à son sens de la forme, de la couleur et de la tonalité. On reconnaîtra avec raison qu'il a été et qu'il est resté l'un des peintres suisses les plus importants.
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