L'actualité   //   La revue   //   Agenda des galeries   //   Agenda des musées   //   Archives 
19 janvier 2021 ABONNEZ-VOUS À LA REVUE INSCRIVEZ-VOUS AUX NEWSLETTER >> FR
<< Retour
 Article de la revue
  
L'homme qui dessinait l'âme

Tidom à la Galerie Tryptik

Il peint sur bois dans sa ferme atelier du jorat. La nature se reflète dans ses œuvres au trait si sûr.
 
"Introspection 360" Technique mixte sur bois 44,5 x 36,5 cm
Pour le trouver, il faut fendre le brouillard du Jorat. Entrer dans le silence de ce village choisi pour l’espace d’une vieille ferme. La porte ouverte, le chat montre le chemin. C’est dans sa cuisine que Tidom a disposé ses dernières œuvres, à même le sol, pour les commenter assis sur les talons, comme le font les Asiatiques.
L’Asie est effectivement très présente. Déjà sur la table, par le Yi-King, livre chinois. Puis dans la réflexion, dans l’influence du bouddhisme, taoïsme et autres philosophies. «Mes tableaux sont toujours le fruit d’une interrogation intérieure, une recherche constante d’équilibre.» Douce, la voix de Tidom penche vers le murmure. Il parle énergie et spiritualité, convoque le chi puis cite le yin et le yang ou le dragon celtique. Sa syntaxe est celle de l’interrogation. Son vocabulaire celui des métaphores.
Par terre, le polyptique des portraits se déploie. «Je ne peins plus que ce que j’aime.» Quatre hommes et quatre femmes se font face, regardant un verre (à moitié plein ou à moitié vide?), dans une composition et une façon (fusain et encre sur bois au trait sûr) des plus réalistes. «C’est pourtant la chose la plus abstraite que j’aie conçu, cette série de portraits qui regardent un mystère.» A pas feutrés, celui qui signait Dominik avant d’opter pour Dom, Petit Dom puis Tidom se glisse dans une pièce voisine. Vers un autre polyptique en devenir, considéré comme «la grande œuvre». C’est la Cartographie de l’âme, carte de Tendre du XXIe siècle où les planètes en polarité font office de sentiments. Les six panneaux de bois ressemblent à une carte du ciel, voire à une illustration de science-fiction. Et l’artiste d’admettre que «c’est peut-être plus un traité de philosophie qu’une œuvre d’art.» Tidom n’a pas peur des silences. Il se perd dans les concepts qu’il oppose, comme rupture et combinaison, caresse les panneaux de bois et rêve à haute voix: «Si on arrive à dessiner l’âme et qu’elle ressemble à une galaxie, ça nous rapproche de la Nature…»
Loin de lui l’idée de «concurrencer la Nature», d’après sa définition de l’art décoratif. Ce qu’il fait, c’est plutôt «essayer de l’explorer avec elle». Ainsi, ses deux dernières séries, l’Hommage aux ancêtres (de superbes portraits d’animaux disparus ou en voie d’extinction) et les fleurs comme cette Introspection 360° (photo) sont elles d’inspiration naturelle directe. Mais d’où tient-il que l’infusion de fleur de bourrache est bonne contre le stress et la dépression?
C’est que l’artiste («Suis-je un artiste? J’ai du moins la faculté de puiser en moi. Dans ce sens, sûrement, je suis un créateur…») a emprunté des chemins divers et variés. Après une école de photo et avant une école de théâtre, il se retrouve jardinier (et voilà la bourrache!) en Ecosse. Puis, de photocompositeur à éducateur en passant par animateur social, il suit la formation de verrier de l’école de vitrail de Sion, et, depuis qu’il vit aux Cullayes, l’homme cultive son jardin. Simplement. Comme il cultive l’écriture qui, non contente de hanter ses tableaux en définitions ou aphorismes, lui permet de publier quelques recueils de poèmes et d’écrire des chansons. Qu’il peigne, chante ou écrive, ce natif de Zurich a en tête de comprendre le monde. «Même dans cette civilisation du cirque, soupire-t-il, le sacré c’est le vivant!» Ouvert au monde comme à la Nature, Tidom possède une hypersensibilité qu’on devine douloureuse.
 Emmanuelle Ryser
Imprimer cet article
Envoyer cet article à un ami
<< Retour
 France
 Suisse Romande
 Suisse Allemande & Liechtenstien
 Tessin
 Autres régions
 © 1998/2021 Accrochages Tél. + 41 (0)21 943 54 65   /   Mise à jour: 18 janvier 2021