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22 juin 2021 ABONNEZ-VOUS À LA REVUE INSCRIVEZ-VOUS AUX NEWSLETTER >> FR
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 Article de la revue
  
Regards croisés sur les humains

Walter Huser le sculpteur et Fritz Huser le peintre au Musée de Payerne

La Galerie du Musée de Payerne réunit les œuvres du sculpteur argovien Walter Huser (1903-1981) et les peintures de son neveu Fritz Huser dans une harmonie de sensibilité. Sur des registres très différents, les deux artistes approchent en douceur les êtres vivants dans leur simplicité quotidienne.
 
Walther Huser, Nu agenouillé (détail)
Walter Huser, dont on célèbre le centenaire de la naissance, consacra sa vie à la sculpture du marbre, puis essentiellement au modelage, œuvre coulée en plâtre, en plâtre durci à l’apparence de terre cuite et en bronze aux patines variées. Fortement influencé par Maillol et la statuaire italienne, il se révèle décidément classique dans ses représentations du corps féminin et ses portraits. Ses modèles, des proches amis, des jeunes femmes et des enfants, l’inspirent sans s’imposer totalement.

Plénitude sereine
Les jeunes femmes saines que Walter Huser sculpte debout, allongées ou assises ont une présence calme, réfléchie, rêveuse. On les sent attentives et retenues, le visage ouvert et cependant capté par l’intérieur. La femme de «L’Eveil» offre ainsi son visage et son corps à demi relevé à la lumière matinale, en gardant toutefois quelque chose du rêve dans le regard. La fillette, portant une grenouille, montre une tendresse touchante dans l’expression de son visage et de ses mains, complètement concentrée dans l’expérience. La nudité ou la fragile vêture d’une robe laisse au corps la liberté candide et assurée d’une confiance en soi.
La «Frileuse», recroquevillée dans la froidure de l’atelier, est simplement elle-même, ce qui toucha le sculpteur. L’équilibre de la «Jeune fille sur la sphère» confirme ce sentiment d’assurance, d’aisance libre et sans complexe. Musicien instinctif et mélomane fervent, Walter Huser a modelé des bas-reliefs de musiciennes et d’un jeune chanteur et, de la même façon, il composa des tableaux de vignerons de son terroir. Humain respectueux de la beauté naturelle du corps, le sculpteur laisse ses créatures faire leur chemin dans le temps.
 

Walter Huser, Nu agenouillé-Knieende 1955, H 38 cm © Photo Christian Kaenzig, Meilen Zh

Walter Huser, L'Eveil- Erwachen 1967, H 84 cm L 123 cm © Photo: Christian Kaensig, Meilen Zh
 
Le temps passe et nous passons
Fritz Huser se dit captivé par les mystères du quotidien et essentiellement par le temps qui passe, les générations qui se suivent et les liens innombrables qu’ils tissent entre eux. Ses peintures, faites d’acryl et de pigments qu’il recueille et broie, expriment avec douceur, en tons chauds et lumineux le passage infime de petits personnages sur la planète orange. Leur ombre les suit et joue parfois malicieusement à être poissons, ours ou sauterelles. Chacun dans sa cellule de vie, ou lié, sur un trait sinueux de pinceau, à son semblable ou à son double animal, poursuit son cours de vie, s’ensable et s’efface dans le sable blanc des nuages. Sans dérision, mais avec une tendre ironie, le peintre montre le grouillement d’humains affairés alors qu’un large trou bleu d’inconnu s’ouvre à leur insu. Hommes et bêtes confondus, en pleine fusion ou métamorphose, s’agitent sous l’eau de la baignade ou sur des nuages effilochés d’incertitude. Ils passent, lignée bleue dans la multitude et l’on se tient rêveur aux rives du mystère que Fritz Huser effleure avec une rare délicatesse.
Mireille Callu
 

Fritz Huser, "point de vue" (détail) - 62 x 42 cm

Fritz Huser, "Baignade", acryl avec pigments, 50 x 50 cm