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16 juin 2024 ABONNEZ-VOUS À LA REVUE INSCRIVEZ-VOUS AUX NEWSLETTER >> FR
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 Article de la revue
  
Le peintre yverdonnois PIERRE MOOR expose à Lausanne

Une exposition nommée «Les lumières de l’Ombre»

Il est rare de pouvoir contempler les œuvres de Pierre Moor, tant celui-ci est loin de l’activisme mondain, de l’exhibitionnisme marchand. C’est donc une opportunité à saisir du 8 au 24 juin chez AB<pi> à Lausanne, l’espace culturel de la rue du Maupas créé et animé par Fanny Audemars et Joe Bœhler.
 
 

© Pierre MOOR- «Le Meurtrier» - 2005-2006, huile, 75 x 75 cm © Jennifer Niederhauser

© Pierre MOOR «Figure d’Ombre» - 2005-2006, peinture à l’os et peinture à l’huile, 75 x 75 cm © Jennifer Niederhauser
 
C’est d’ailleurs, à l’origine, un long compagnonnage entre Joe Boehler et Pierre Moor qui a conduit les deux hommes à l’exposition d’aujourd’hui. Pierre travailla avec Joe pendant huit ans. Ce dernier préfère parler, oui, de compagnonnage entre eux plutôt que d’enseignement au sens strict du terme. Mais nul doute que la lente cuisine élaborée dans les œuvres de Pierre Moor n’ait trouvé, pour une part, ses origines dans le legs d’un savoir transmis par Joe Boehler dont on sait les curiosités multiples pour les techniques à disposition des plasticiens. Pierre Moor partage le goût de l’enseignement de son mentor puisqu’à son tour, il donne un enseignement dans son atelier au cœur du vieil Yverdon.
L’artiste sera discret à propos de son enfance et de sa jeunesse: on les devine mouvementées, suivies plus tard d’errances géographiques et, surtout, existentielles. Néanmoins, un voyage de plusieurs mois aux Etats-Unis et la fréquentation pendant trois ans du maître zen Taisen Deshimaru seront évoqués.
L’œuvre menée par l’artiste depuis bien des années et proposée aujourd’hui à Lausanne peut dérouter tant elle se situe à l’écart des références habituelles d’écoles, de mouvements, de tendances. Et, de plus, malgré les subtiles vibrations de la couleur, elle s’écarte de toute séduction immédiate. En dresser une nomenclature n’est guère aisé tant les images proposées juxtaposent des éléments qui, malgré leur immédiate figuration, nous paraissent, pris isolément, sans nom, sans identité, figés dans leur déshérence. Les constituants de cette peinture associent quelques images récurrentes. Un personnage, par exemple, auquel nul ne peut s’identifier: il nous apparaît abstrait, désincarné; une arme blanche ou à feu, quelques formes encore tels ces triangles échappés ou s’échappant: projectiles paradoxalement menaçants malgré, là aussi, leur peu de «réalité». Ces projectiles, ces flèches sont bien destinés à sortir du cadre, mais où vont-ils? On peut le dire aussi de ces formes ithyphalliques qui cherchent un en-dehors à conquérir, hors-cadre du tableau, une «saisie» du monde extérieur. La ligne délimite toujours: elle tranche entre un en-dedans et un au-dehors. Cette configuration vaut à l’intérieur du cadre de l’image, mais le déborde aussi et peut nous inciter à appréhender le monde par un cloisonnement similaire. L’une des clés, sans doute, de cette démarche, sera lâchée dans la conversation: «Oui, il n’y a aucun espace dans le tableau où on puisse se réfugier.»
Pierre Moor ajoutera que «le tableau a été expérimenté à l’intérieur et qu’il concourt au processus d’individuation. C’est la continuité de la vie.» Et, dans le même temps, nul abandon à des errances déstructurantes: «Le couteau représente aussi une énergie.» On découvrira encore que, dans ce lent cheminement, ce «work in progress», certains travaux peuvent être menés sur plusieurs années, et jusqu’à huit ans pour l’un d’entre eux! On note d’ailleurs que ces peintures, comme évoqué plus haut, faites de subtiles vibrations, apparaissent en aplats si on ne les abordent que d’un œil distrait ou trop rapide. En fait, tout un quasi pointillisme vibratoire se découvre dans un deuxième temps.
On s’en voudrait de clore cette courte approche par une note qui tenterait, en quelque sort, d’être une résolution en majeur, afin que le spectateur se sente apaisé. Il vaut mieux s’en remettre à l’expérience que chacun fera de la découverte de cette œuvre, souvent déconcertante, bien propre à ne pas flatter nos habituelles certitudes.
Michel Aebischer
 

© Pierre MOOR «L’Esprit du temps» - 2005-2006, huile, 75 x 75 cm © Jennifer Niederhauser
 
Vaud > 1000 Lausanne 
FONDATION
ABPI

Rue du Maupas 8 bis
1004 Lausanne
Tél. 021 648 44 48
Ma à Ve de 14h à 18h, Sa de 10h à 16h, Di et Lu fermé ou sur rendez-vous
 
www.abpi.ch
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