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12 décembre 2018 ABONNEZ-VOUS À LA REVUE INSCRIVEZ-VOUS AUX NEWSLETTER >> FR
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 Article de la revue
  
CHRISTELLE MONTUS
ou la quête du sens


1er Prix du concours pour les 5 ans d’Accrochages

 
La première approche de la peinture de Christelle Montus est sans doute déroutante comme l’est toute découverte d’une opération artistique engagée dans la quête du sens, d’une démarche plastique orientée vers des questionnements qui n’appellent pas une réponse immédiate, – sans même parler de travaux qui ne chercheraient à satisfaire qu’une joliesse rétinienne.
La découverte simultanée de quinze à vingt peintures de Christelle Montus donne à voir des œuvres qui présentent des variétés stylistiques de différentes natures, voire apparemment éclatées. Disons d’emblée que ces variétés stylistiques ne péjorent pas la tenue générale du travail, mais qu’elles participent, au contraire, de l’intérêt que l’on peut porter à son parcours. Tout au plus, et c’est légitime chez une jeune artiste, y a-t-il des «frappes» diversement ajustées d’une œuvre à l’autre.
Christelle Montus est une artiste de formation autodidacte qui s’est forgée, en amont, une vaste culture philosophique. Le socle référentiel est solide, les citations innombrables. Elles viennent étayer sa démarche de plasticienne, la prolonge vers l’affirmation du sens. Parmi tant d’autres, Camus et Sartre sont appelés, et peut-être même réconciliés. Chez le premier, du discours de Suède, on apprend que «C’est cela et pourtant ce n’est pas cela, le monde n’est rien et le monde est tout, voilà le double et inlassable cri de chaque artiste (…)». Du second, il apparaît que «Chaque vérité est simultanément fermée et ouverte. (…) Objectivement, cela signifie qu’il y a une antinomie nécessaire et dialectique de la vérité».
Ceci dit, que nous présente Christelle Montus dans ses peintures? La formulation est abstraite, la matière toujours utilisée en tant que langage autonome, l’œuvre se donne à voir le plus souvent dans une forme carrée. Mais, comme dit plus haut, c’est la volonté de se saisir de plusieurs langages qui tout à la fois déroute et séduit. Telle peinture a recours à des traces gestuelles qui laissent toute leur visibilité dans de généreux empâtements, telle autre présente un mélange de matériaux subtils, délicats, diaphanes, telle autre structure l’espace dans une formelle géométrisation de signes, telle autre encore laisse couler une matière fluide et rouge en des épanchements quasi sanguins. Ou encore trouvons-nous des insertions de matériaux tel qu’un cordage lové sur son fond de peinture, ou encore des tickets de métro juxtaposés et collés qui recomposent une stricte géométrie. Plus extrême dans la démarche et participant d’un constat dramatique: la série des poupées en croix, voire crucifiées - seul sujet, semble-t-il, explicitement figuratif –, et qui devrait être montrée dans une exposition collective de la fin de cette année à Genève.
Cette croix, rarement absente de l’œuvre en général, tapie entre conscience et inconscience, est rudement traitée même puisque dans deux œuvres, des clous ou des tampons périodiques en assument la forme… Cette croix est aussi dialectique, voir plus haut les citations de Sartre et Camus. Mais cette croix est, avec la spirale, d’abord une figure stylistique, un leitmotiv de bien des œuvres, et ne renvoie pas à une interprétation close en religiosité confite ! Cette structuration en croix évoque plutôt les choix de tout un chacun: Où allons-nous? Quelles orientations prenons-nous puisqu’une croix, de son centre, de son carrefour, laisse la liberté de quatre directions? La spirale, quant à elle, renvoie à un mode de pensée non binaire: C’est le «sempiternel tourniquet» de la Critique de la raison dialectique.
D’un point de vue de son insertion dans l’histoire récente de l’art, il n’est pas douteux que Christelle Montus a la sagesse de se donner une formidable liberté, de ne pas s’encombrer d’interdits, d’essayer d’aller là où quelque chose peut advenir. A cet égard, on ne peut s’empêcher de penser aux multiples voies plastiques qu’a prises un Armleder par exemple… jusqu’au traitement de la matière et de la forme parfois… Mais chez Christelle Montus se sent l’envie d’un mûrissement à son rythme, d’une recherche patiente vers la multiplicité des sens, plutôt que d’un sens, en fin de compte.
 Michel Aebischer
 

A gauche:
Christelle Montus
«Hologramme» 2002
100 x 100 cm - Huile sur toile

Ci contre:
Christelle Montus
«Tourniquet» 2003
100 x 100 cm - Huile sur toile